Les myrtilles
- F.Walther

- 2 janv.
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 janv.

Les super-aliments en nutrition canine : un levier pour une santé durable
Ces dernières années, la notion de super-aliments a pris une place croissante en nutrition, y compris en nutrition canine. Derrière ce terme se trouvent des ingrédients naturels caractérisés par une densité élevée en composés bioactifs, capables de soutenir certaines fonctions physiologiques de l’organisme.
En nutrition du chien, l’enjeu n’est cependant pas de suivre une tendance, mais de distinguer les ingrédients réellement fonctionnels de ceux dont les bénéfices reposent uniquement sur l’empirisme. Une approche rigoureuse s’impose, fondée sur des données mesurables, reproductibles et adaptées à l’espèce canine.
Cette vision est notamment portée par la Dre Karen Becker, vétérinaire intégrative reconnue, qui souligne dans son ouvrage Longue vie à mon chien l’intérêt d’une alimentation plus diversifiée, intégrant, de manière raisonnée, des aliments frais et ciblés en complément d’une base nutritionnelle équilibrée. '
"I believe biologically appropriate real food and an animal's immediate environment are the most important factors in determining health, vitality, and lifespan. I have spent my career fixing animals and empowering guardians to make knowledgeable decisions to extend the life and well-being of the animals they care for."
Traduction : Je suis convaincue qu’une alimentation biologiquement appropriée, basée sur des aliments réels, ainsi que l’environnement immédiat de l’animal, sont les facteurs les plus importants pour déterminer sa santé, sa vitalité et sa longévité. J’ai consacré ma carrière à soigner les animaux et à donner aux propriétaires les connaissances nécessaires pour leur permettre de prolonger la durée et la qualité de vie des animaux dont ils ont la charge.
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Les connaissances actuelles en nutrition canine vont dans ce sens. La diversification de la ration et l’introduction contrôlée d’aliments frais ne bénéficient pas uniquement au microbiote intestinal, souvent cité comme premier acteur impliqué. En réalité, le microbiote constitue un carrefour biologique central, dont l’équilibre influence directement l’immunité, le métabolisme, l’inflammation chronique de bas grade et l’axe intestin–cerveau. Ces mécanismes jouent un rôle déterminant dans la santé globale du chien et dans les processus associés au vieillissement.
Dans ce contexte, l’ajout réfléchi d’ingrédients fonctionnels parfois regroupés sous le terme de super-aliments ne vise pas à remplacer une alimentation complète, mais à enrichir la ration afin de soutenir durablement l’équilibre physiologique, dans une logique de prévention et d’accompagnement à long terme.
Pourquoi s’intéresser à la myrtille en nutrition canine ?

La myrtille est souvent citée comme un super-aliment en raison de sa richesse naturelle en polyphénols, notamment en anthocyanines, des composés aux propriétés antioxydantes reconnues.
Chez le chien, le stress oxydatif est impliqué dans de nombreux phénomènes physiologiques :
vieillissement cellulaire,
inflammation chronique de bas grade,
stress environnemental (chaleur),
effort physique,
vieillissement musculaire et cognitif.
L’intérêt de la myrtille ne repose donc pas sur une tradition ou une mode, mais sur sa capacité potentielle à soutenir l’équilibre oxydatif, lorsqu’elle est utilisée dans des conditions adaptées.
Myrtilles chez le chien : ce que disent réellement les études scientifiques
1. Sécurité d’utilisation : une étape incontournable
Avant d’évaluer un bénéfice fonctionnel, la priorité est la sécurité.
Une étude de référence a évalué l’administration chronique d’un extrait riche en polyphénols de myrtille chez des chiens pendant 24 semaines, à des doses allant de 4 à 40 mg/kg de poids corporel par jour.
Les résultats montrent :
aucune atteinte rénale (créatinine, urée, ionogramme normaux),
aucune atteinte hépatique (ALT, ALP dans les valeurs physiologiques),
absence d’élévation des biomarqueurs précoces de lésions rénales (cystatine C, NGAL, clusterine).
Conclusion : lorsqu’elle est utilisée sous forme d’extrait standardisé et contrôlé, la myrtille présente une excellente tolérance chez le chien, y compris lors d’une utilisation prolongée
.
2. Appétence et digestibilité : des données concrètes
Une étude menée chez des chiens adultes (Beagles) a comparé plusieurs sources naturelles d’antioxydants intégrées à une alimentation humide : algues, clou de girofle et myrtilles entières.
Résultats principaux :
les aliments contenant des myrtilles ont été significativement préférés par les chiens,
aucune altération de la digestibilité globale des protéines, lipides et de l’énergie,
seule une diminution modérée de la digestibilité de la cellulose, sans conséquence clinique.
Implication pratique : la myrtille est bien acceptée et bien tolérée, condition essentielle pour une utilisation régulière.
3. Effets physiologiques observés : stress oxydatif et effort
Un autre travail a évalué l’impact d’une alimentation enrichie en myrtilles chez des chiens soumis à un exercice submaximal standardisé, utilisé comme modèle de stress oxydatif.
Les résultats montrent que :
l’exercice augmente bien les marqueurs de stress oxydatif (créatine kinase, malondialdéhyde),
la supplémentation en myrtilles pendant 4 semaines n’atténue pas la réponse aiguë à l’effort,
en revanche, en conditions estivales, une diminution des taux de créatine kinase au repos est observée chez les chiens recevant des myrtilles.
Interprétation : la myrtille n’agit pas comme un antioxydant immédiat, mais plutôt comme un facteur de résilience physiologique, notamment face au stress environnemental et thermique.
Quelle forme de myrtille utiliser chez le chien ?
Myrtilles fraîches ou surgelées
Avantages : appétence, naturalité, fibres.
Limites : teneur en polyphénols variable, dosage imprécis.
Myrtilles déshydratées
Plus concentrées,
Attention à l’apport énergétique et glucidique.
Extraits standardisés* de myrtille
Forme la plus étudiée scientifiquement,
Dosage précis en polyphénols,
Sécurité documentée sur le long terme.
En nutrition fonctionnelle, les extraits standardisés sont la forme la plus pertinente.
*Un extrait de myrtille standardisé est une forme concentrée et contrôlée des composés actifs de la myrtille. Contrairement au fruit frais, il permet d’apporter au chien une quantité précise et constante de polyphénols, telle qu’elle a été utilisée dans les études scientifiques.
Myrtilles et croquettes (ou friandises industrielles) : une précision essentielle
Il est important de lever une confusion fréquente chez les propriétaires de chiens : la simple présence de myrtilles dans une croquette ne garantit pas un effet fonctionnel.
L’une des publications que nous avons analysées souligne clairement que, dans la majorité des aliments secs pour chiens, les quantités de myrtilles incorporées sont trop faibles pour induire un effet physiologique mesurable.
Dans ces formulations :
la myrtille est souvent utilisée à des doses très faibles (traces, inférieures à 1 %),
son rôle est principalement technologique ou marketing,
l’apport réel en polyphénols est insuffisant pour reproduire les effets observés dans les études.
Les auteurs précisent que, pour atteindre les niveaux utilisés dans les travaux expérimentaux, l’incorporation de myrtilles devrait être nettement plus élevée.
Encadré pratique – Comment donner des myrtilles à mon chien ?
Sous forme de fruit frais ou surgelé
Bien laver les fruits
Donner entiers ou légèrement écrasés
Toujours en complément d’une ration équilibrée
Taille du chien | Quantité conseillée |
Petit chien | 3 à 5 myrtilles |
Chien moyen | 5 à 10 myrtilles |
Grand chien | 10 à 15 myrtilles |
2 à 3 fois par semaine suffisent.
Sous forme d’extrait standardisé
Dose fonctionnelle étudiée : ≈ 4 mg/kg de poids corporel / jour
Tolérance démontrée jusqu’à 40 mg/kg / jour
Exemple :
Chien de 20 kg → ≈ 80 mg/jour d’extrait polyphénolique
Myrtilles et oméga-3 : une logique nutritionnelle commune
Comme les oméga-3, la myrtille :
agit sur le long terme,
soutient des mécanismes physiologiques,
doit être utilisée au bon dosage, chez les bons profils de chiens.
Ces ingrédients s’inscrivent dans une nutrition de soutien, visant la prévention et le bien-être global, et non la réponse à une problématique ponctuelle.
Les myrtilles sont-elles les seules baies d’intérêt chez le chien ?
Les myrtilles appartiennent à une famille plus large de fruits appelés baies riches en polyphénols, dont plusieurs partagent des caractéristiques biochimiques communes :
forte teneur en anthocyanines,
activité antioxydante,
potentiel de modulation de l’inflammation et du stress oxydatif.
Sur le plan théorique et biochimique, d’autres baies pourraient donc présenter des effets similaires.
Mais la vraie question n’est pas « est-ce possible ? » mais « est-ce démontré chez le chien ?
Tableau comparatif – Baies et niveau de preuve chez le chien
Baie | Polyphénols | Données chez le chien | Niveau de preuve |
Myrtille | Élevé | Études contrôlées | ⭐⭐⭐⭐ |
Canneberge | Spécifique (PAC A) | Données ciblées | ⭐⭐⭐ |
Airelle rouge | Élevé | Absentes | ⭐⭐ |
Cassis | Très élevé | Très limitées | ⭐⭐ |
Groseille rouge | Modéré | Absentes | ⭐ |
Un ingrédient peut être riche en polyphénols sur le plan chimique, sans que ses effets, sa biodisponibilité ou sa sécurité aient été évalués chez le chien. En nutrition canine, seul le niveau de preuve spécifique à l’espèce permet de qualifier un ingrédient de réellement fonctionnel.
Conclusion – La myrtille, un super-aliment utile quand il est bien utilisé
La myrtille est aujourd’hui la baie la mieux étudiée chez le chien. Les données scientifiques montrent qu’elle est sûre, bien tolérée et qu’elle peut soutenir l’organisme face au stress oxydatif lorsqu’elle est utilisée de façon régulière et dosée.
Bibliographie – Références scientifiques
Publications scientifiques (chien – myrtilles et antioxydants)
A mixed grape and blueberry extract is safe for dogs to consumehttps://www.researchgate.net/publication/305816617_A_mixed_grape_and_blueberry_extract_is_safe_for_dogs_to_consume
Effects of Blueberry Consumption on Preference, Digestibility and Oxidative Status in DogsJournal of Animal Physiology and Animal Nutritionhttps://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40427378/
A berry small inclusion: Forty types of commercial dog foodshttps://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12375955/
Total antioxidant power in sled dogs supplemented with blueberries and the comparison of blood parameters associated with exercisehttps://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16520073/
Effect of dietary supplements containing antioxidants on attenuation of muscle damage in exercising sled dogsPiercy RJ, Hinchcliff KW, DiSilvestro RA, Reinhart GA, Baskin CR, Hayek MG, Burr JR, Swenson RA.American Journal of Veterinary Research, 2000; 61(11):1438–1445.https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11108194/
Oxidant stress in sled dogs subjected to repetitive endurance exerciseHinchcliff KW, Reinhart GA, DiSilvestro R, Reynolds A, Blostein-Fujii A, Swenson RA.American Journal of Veterinary Research, 2000; 61(5):512–517.https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10803645/
Effects of dietary antioxidant supplementation on oxidative damage and resistance to oxidative damage during prolonged exercise in sled dogsBaskin CR, Hinchcliff KW, DiSilvestro RA, Reinhart GA, Hayek MG, Chew BP, Burr JR, Swenson RA.American Journal of Veterinary Research, 2000; 61(8):886–891.https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10951977/
Blueberry Consumption and Exercise: Gap Analysis Using Evidence MappingAvendano EE, Raman G.Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2021; 27(1):3–11.https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33058743/
Ouvrage de référence
Longue vie à mon chien – Dr Karen Becker






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