top of page

Naturel ne veut pas dire sans risque : la face cachée des extraits végétaux

Pendant des millénaires, notre organisme a été exposé à des aliments. Depuis quelques décennies, il est exposé à des molécules extraites d’aliments. La différence paraît subtile mais elle est fondamentale, et les chiens n’échappent pas à cette nouvelle mouvance.


Curcumine, boswellia, ashwagandha… Les extraits végétaux sont aujourd’hui omniprésents dans les compléments alimentaires destinés à l’Homme comme au chien. Ils sont souvent présentés comme des alternatives naturelles aux médicaments, avec une image rassurante de sécurité et de bien-être.


Pourtant, cette vision mérite vraiment d’être nuancée.


Une plante n’est pas une molécule


Lorsque nous consommons une plante entière, nous n’ingérons pas un seul principe actif. Nous absorbons un ensemble complexe de fibres, minéraux, vitamines, lipides, protéines et milliers de molécules bioactives qui interagissent entre elles.


Cette organisation naturelle est appelée « matrice alimentaire ».



Prenons l’exemple du jus d’orange. Nous savons aujourd’hui qu’il est plus intéressant de consommer une orange entière que son jus. Pourtant, les deux proviennent du même fruit. La différence vient notamment de la matrice alimentaire : les fibres ralentissent l’absorption des sucres, modifient la réponse glycémique et influencent la satiété. En retirant une partie de cette matrice, on modifie déjà les effets biologiques de l’aliment.


L’explication tient en une phrase de Mathilde Touvier : « Certaines substances, sorties de leur matrice alimentaire d’origine, ne présentent plus les mêmes bénéfices une fois isolées, purifiées et réinjectées dans des aliments ultratransformés. »


Or, la plupart des compléments modernes ne contiennent plus la plante. Ils contiennent un extrait standardisé, enrichi en une molécule particulière sélectionnée pour ses effets supposés.



Toujours plus concentré


L’industrie du complément alimentaire poursuit souvent un même objectif : augmenter la concentration et l’absorption des composés jugés intéressants.

Les formulations modernes cherchent ainsi à améliorer la biodisponibilité grâce à différentes technologies :


  • extraits standardisés ;

  • complexes phospholipidiques ;

  • nanoparticules ;

  • formulations liposomales ;

  • associations avec des substances favorisant l’absorption.


Dans le cas de la curcumine, certaines formulations revendiquent une biodisponibilité multipliée par 20, 50 voire 100.


Mais une question mérite d’être posée : l’organisme a-t-il réellement été conçu pour être exposé à de telles concentrations ?


La faible biodisponibilité de certaines molécules végétales pourrait constituer un mécanisme de régulation biologique plutôt qu’un simple défaut à corriger. En cherchant systématiquement à augmenter leur absorption, nous modifions profondément l’exposition physiologique à laquelle l’organisme a été confronté pendant des millénaires.


L’exemple du bêta-carotène : quand la théorie se retourne contre nous


L’histoire du bêta-carotène constitue l’un des exemples les plus instructifs de la nutrition moderne.

Pendant plusieurs décennies, les études observationnelles ont montré que les personnes consommant davantage de fruits et légumes présentaient un risque plus faible de cancer.

Les chercheurs ont alors supposé que le bêta-carotène était l’un des principaux responsables de cet effet protecteur.

La suite semblait logique : si le bêta-carotène est bénéfique, il suffit d’en administrer davantage.

Pourtant, lorsque de grands essais cliniques ont testé des suppléments fortement dosés en bêta-carotène chez des milliers de participants, le résultat fut inattendu : une augmentation du risque de cancer a été observée.

Le problème n’était probablement pas la carotte. Le problème était de croire qu’un aliment pouvait être réduit à une seule molécule.


La curcumine : un succès commercial sous surveillance


La curcumine est devenue l’un des compléments les plus populaires dans le domaine articulaire.

Chez le chien, elle est présente dans de nombreuses formulations destinées à soutenir la mobilité ou le confort locomoteur.


Pourtant, les données scientifiques sont bien moins solides que le marketing ne le laisse penser.


Parallèlement, plusieurs agences sanitaires ont récemment attiré l’attention sur des cas d’atteintes hépatiques associés à certains compléments fortement concentrés en curcumine, en particulier lorsque celle-ci est formulée pour augmenter fortement son absorption.



On fait quoi ?


Ce qu’il faut mettre en avant n’est ni une opposition entre médecine conventionnelle et solutions naturelles, ni un rejet systématique des compléments alimentaires. Comme pour un médicament, la question centrale reste celle du rapport bénéfice/risque.


La différence est que ces produits ne sont pas soumis au même niveau d’exigence que les médicaments en matière de démonstration d’efficacité clinique et d’évaluation de la sécurité à long terme.


Pendant longtemps, la nutrition a cherché à identifier la « molécule miracle » responsable des bénéfices observés dans certains aliments. Pourtant, plus la recherche progresse, plus elle semble nous rappeler une réalité simple : ce n’est peut-être pas une molécule qui protège la santé, mais l’ensemble de l’aliment qui la contient.


Avant d’ajouter un nouvel extrait végétal concentré ou tout autre complément à la ration de nos chiens, la première question devrait peut-être être : leur apportons-nous déjà une alimentation suffisamment diversifiée, peu transformée et riche en aliments frais ?


Nous passons parfois beaucoup de temps à chercher la molécule miracle, alors que les bénéfices les mieux démontrés proviennent encore des fondamentaux : une alimentation variée, peu transformée, une activité physique régulière, un poids corporel adapté et un environnement favorable.


Car s’il existe aujourd’hui un point sur lequel l’ensemble de la recherche nutritionnelle semble converger, chez l’Homme comme chez le chien, c’est bien celui-ci.


Bibliographie


  • Lombardi N et al. Hepatotoxicity associated with turmeric and curcumin supplements. British Journal of Clinical Pharmacology. 2021.

  • EFSA / AESAN reports on curcumin food supplements.

  • Committee on Toxicity (UK). Discussion paper on turmeric and curcumin supplements. 2022.

  • Alpha-Tocopherol Beta-Carotene Cancer Prevention Study Group. New England Journal of Medicine. 1994.

  • Omenn GS et al. Effects of beta-carotene and vitamin A on lung cancer and cardiovascular disease. CARET Trial. New England Journal of Medicine. 1996.

  • Diabetes Care, l’European Journal of Epidemiology et l’European Heart Journal.

 
 
 

Commentaires


        walther.fanny@gmail.com     

© 2026 By Fanny Walther AREG animalcare - OA471

SARL 953950615  N°TVA FR38953950615

Design sans titre (1)_edited.png
bottom of page